26 mars 2008

La vie des autres me fait rêver

"Tu devrais voir quelqu'un... c'est pas notre vie le problème."
Non, effectivement, ce n'est pas notre vie le problème, c'est moi.
Moi dans cette vie-là.
Je rêve de travailler dans un bureau, devant un ordinateur.
Je rêve de commencer à 9h et de terminer à 18h en me plaignant.
Je rêve de retourner au cinéma.
Je rêve de prendre une baby-sitter de temps en temps.
Je déteste ce que l'on vit. Même si je l'ai choisi.
Je n'ai pas choisi d'être seule tous les matins, tous les soirs, tous les week-ends.
Je n'ai pas choisi de manquer de tout, de tendresse, d'amour, de sexe, de temps, d'argent, de bonheur.
Je n'ai pas choisi d'être moi, jamais heureuse, toujours en quête de quelque chose de mieux, toujours en attente de plus tard.
Je rêve de futilité, d'insouciance.
J'aimerais marcher le long du canal Saint Martin, j'aimerais prendre un abonnement au MK2, j'aimerais aller chez Colette acheter un badge "Ma vie est tout à fait fascinante" mais je ne voudrais justement pas qu'elle le soit. Je voudrais une vie normale. Je voudrais un Iphone et des vêtements qui me vont. Parce que ça aussi c'est un problème ; je voudrais bien m'aimer un peu plus...

Je crois que c'est tout.

4 Comments:

Anonymous Grabou said...

Pas de nouvelles, bonne nouvelle ? Mon cul, apparemment. Je retrouve le chemin numérique du blog rose pour y sentir l'odeur du soufre. Avec un seul f. Gageons qu'au premier courant d'air elle sera dissipée mais en attendant, il faut se pincer le nez.

Je t'aurais laissée tranquille si je n'avais pas lu ces deux points :
"Je rêve de futilité, d'insouciance."
"Je voudrais un Iphone."

D'abord, on écrit iPhone. Ensuite, cet objet condense à lui seul toute l'insignifiance consumériste du temps présent. Et tu le sais. Oui, on comprend que c'est une façon de dire que tu aspires à la médiocrité d'un quotidien que d'aucuns trouvent terne et tentent de fuir. On comprend que c'est une façon de condamner la maxime énonçant que l'argent ne fait pas le bonheur — surtout quand on en a. On comprend que c’est ta revendication au droit de superficialité. Très bien. Mais couplé aux aspirations "nobles" et légitimes qui le précèdent, l'exemple est malheureux et contradictoire. Te rends-tu compte que, ce faisant, tu fais de l'iPhone un symbole de la normalité ? Que tu sautes à pieds joints dans le fantasme de réalité qu’une poignée d’industriels a élaboré, créant un besoin qui, non satisfait, rend malheureux ?

Et le même écho se retrouve dans la phrase précédente. Le droit à la futilité, à l’insouciance. Le désir de vivre dans le même monde qu’Amélie Poulain. Je cite la conclusion d’une longue critique, éclairante, du film de Jeunet (référence sur demande dûment écrite) : "Finalement, Le fabuleux destin d'Amélie Poulain n'a rien d'étonnant, même dans sa facture, et encore moins de fabuleux tant le contenu est vide. Et son succès n'a pas vraiment de quoi surprendre. Les spectateurs vivent une idylle, un réel embelli et fantasmé qui leur fait oublier dans quel monde ils vivent et même qui ils sont, leur rendant ces deux choses encore plus insupportables à comprendre à l'arrivée." Tout concourt, aujourd’hui, à faire davantage souffrir l’occidental légitimement névrosé en lui braquant la madeleine de son enfance sous le nez pour lui rappeler comme ce temps béni était délicieux. Faisant du présent, du réel, une dimension insupportable. Ajoute à cela le flot ininterrompu de l’information (forcément désolante), le désenchantement issu d’un contexte économique difficile, et la tentation d’un "ailleurs", d’un "autre", ne rencontre plus d’obstacle rationnel. Pis ! Atteint même les plus rationnels comme toi.

Car rares sont celles et ceux qui savent goûter le bonheur des petits riens comme tu sais le faire. La plupart, à commencer par moi, ne sonde la douceur d’un instant qu’au départ de son évanouissement.

Ce qui ne te tue pas te rend plus fort, comme disait Hugues Aufray. À défaut de t’aimer toi-même, nous on t’aime bien. C’est le principal.

Bisous à l’homme et à la boule de gras.

NB : Après relecture, c'est ptète un peu long. :D

27/3/08 22:52  
Blogger Ptit bout said...

Oh bah je vais appeler free pour qu'on me redonne vite un téléphone fixe ..

29/3/08 08:41  
Blogger oldchapman said...

"Ce qui ne tue pas... engraisse."

Victor HUGO

9/4/08 09:44  
Blogger MiniM said...

Il m'a fallu un temps pour comprendre...

9/4/08 09:48  

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